Premiers résultats de l’enquête CABAN-DIBAC auprès des EPN de la Région
Dans le cadre du projet Digilift (EFRO-T12-11), le réseau CABAN-DIBAC a interrogé les Espaces Publics Numériques (EPN) de la Région bruxelloise pour mieux comprendre leurs publics, leurs moyens et leurs besoins. Dix réponses nous sont parvenues, représentant huit structures situées dans sept communes : Ixelles, Saint-Gilles, Forest, Uccle, Schaerbeek, Woluwe-Saint-Lambert et Anderlecht. Voici ce que cette photographie du terrain nous apprend.
Un même défi, partout
S’il y a bien un résultat qui ne souffre d’aucune exception, c’est celui-ci : les dix structures répondantes, sans une seule exception, identifient le manque de compétences numériques de base et les difficultés administratives en ligne comme les principales difficultés rencontrées par leurs publics. Ce n’est donc pas un problème isolé à telle ou telle commune, mais bien un enjeu structurel qui traverse l’ensemble de la Région.
Les publics accompagnés confirment cette lecture : seniors et personnes en situation de précarité arrivent en tête (cités par 7 structures sur 10), suivis des demandeurs d’emploi (6/10). Plusieurs EPN la bibliothèque d’Ixelles, l’Atelier du Web à Saint-Gilles, Forest 2.0, Re-sources1050 et d’autres encore accueillent en réalité « tout public », sans restriction de profil.
Des équipes engagées, mais sous tension
Derrière ces chiffres, il y a des équipes souvent très réduites : la majorité des structures fonctionnent avec 1 à 3 animateur·rices, un temps d’accompagnement qui plafonne le plus souvent entre 10 et 30 heures par semaine, et parfois moins de 10 heures. À Forest, un seul animateur cumule à la fois l’accompagnement du public, la coordination et la responsabilité de la structure ; une situation qui interroge la continuité du service en cas d’absence ou de départ.
Ce constat éclaire directement le résultat le plus marquant de la section « besoins prioritaires » : ce n’est pas le matériel qui arrive en tête des demandes, mais le temps disponible pour l’accompagnement individuel et la formation des animateur·rices, chacun coché par 6 structures sur 10. Le renforcement des moyens humains et le matériel informatique suivent, à égalité (5/10).
Comme le résume une réponse issue des bibliothèques d’Uccle : il faudrait pouvoir permettre au public de développer une relation de confiance avec l’animateur — une relation qui, selon elle, ne peut se construire qu’avec du personnel fixe et disponible dans la durée.
« Il faudrait permettre au public de pouvoir développer une relation de confiance avec l’animateur. Cela ne peut se faire qu’avec un personnel fixe. » — EPN le Phare (bibliothèque d’Uccle)
Un matériel entre deux âges
Le nombre d’ordinateurs varie considérablement d’une structure à l’autre : de 10 postes à Schaerbeek jusqu’à 56 à l’Atelier du Web de Saint-Gilles, pour une moyenne d’environ 20 postes par structure. Si six structures sur dix jugent leur matériel « suffisant et fonctionnel », les autres le décrivent comme obsolète ou insuffisant (Saint-Gilles, les deux réponses des bibliothèques d’Uccle, Re-sources1050/Malibran). Même là où le matériel semble correct, certaines fragilités apparaissent : l’EPN Wolu Cyber Cité, par exemple, dépend de prêts externes pour compléter son parc.
Côté connectivité, la majorité des structures (8/10) déclarent un accès internet stable. Deux situations méritent toutefois une attention particulière : à Forest, l’absence de wifi sur site oblige l’animateur à partager la connexion de son propre smartphone professionnel avec le public ; à Uccle, l’une des deux réponses signale une connexion instable.
« Besoin de disposer d’un matériel plus récent. Rétablir le comptoir de réparation. » — Re-sources1050, Ixelles (CPAS)
Envie d’aller plus loin que les bases
Autre signal encourageant : les EPN ne souhaitent pas se cantonner à l’initiation numérique de base. L’intelligence artificielle et le numérique critique, la sécurité numérique et les logiciels libres figurent parmi les thèmes sur lesquels ils souhaitent le plus être soutenus, aux côtés de l’inclusion numérique des seniors. Le secteur veut accompagner ses publics vers une culture numérique plus critique, pas seulement vers l’usage.
Ce que les EPN attendent de CABAN
Interrogées sur leurs attentes vis-à-vis du réseau, les structures placent en tête un besoin de visibilité pour leur propre EPN, devant la mise en réseau entre pairs et le plaidoyer politique. Un signal clair : le réseau fonctionne bien comme espace d’échange entre professionnel·les, mais les structures se sentent encore trop peu visibles auprès du grand public et des pouvoirs subsidiants.
« J’aime CABAN !! » — Atelier du Web, Saint-Gilles, qui accompagne à lui seul plus de 1 100 personnes formées par an
Et maintenant ?
Ce premier aperçu confirme ce que beaucoup pressentaient déjà : les EPN bruxellois assurent une mission essentielle avec des moyens humains limités et un matériel parfois vieillissant, tout en cherchant à faire évoluer leur offre vers des enjeux numériques plus actuels. Ces constats viendront nourrir le plaidoyer du réseau CABAN-DIBAC pour un meilleur soutien aux structures d’accompagnement numérique en Région bruxelloise.
Note méthodologique.
Cette analyse repose sur 10 réponses complètes, émanant de structures distinctes réparties dans différentes communes de la Région bruxelloise : Ixelles (2 structures), Saint-Gilles, Forest, Uccle, Schaerbeek, Woluwe-Saint-Lambert et Anderlecht. Deux structures — les EPN des bibliothèques d’Uccle et l’EPN Wolu Cyber à Woluwe-Saint-Lambert ont été renseignées par deux répondant·es différent·es, ce qui a permis de recouper certaines informations en interne.
Les 12 autres communes de la Région (Anderlecht excepté, déjà représentée via ADIF-InforFemmes) ne sont pas encore couvertes par cette enquête. Les résultats présentés ici constituent donc un premier état des lieux, représentatif des structures ayant répondu, mais pas encore de l’ensemble du paysage des EPN bruxellois. Cette limite renforce l’importance d’élargir la collecte lors de la prochaine phase.
À noter également : la réponse d’ADIF-InforFemmes (Anderlecht) émane d’un atelier d’inclusion numérique relevant de l’éducation permanente, et non d’un EPN au sens strict — elle est incluse à titre d’acteur complémentaire du réseau, mais signalée comme telle dans les tableaux du rapport complet.
Vous animez un EPN à Bruxelles et n’avez pas encore répondu ? Contactez CABAN-DIBAC via (info@caban.be) pour prendre part à la prochaine phase de l’enquête. Plus nous serons nombreux à répondre, plus ce portrait collectif sera fidèle à la réalité du terrain. Le formulaire de l’enquête est téléchargeable ci-dessous.