Carte Blanche - L’exclusion numérique au temps du covid-19
L’exclusion numérique au temps du covid-19

L’exclusion numérique au temps du covid-19

Depuis des années, la technologie est omniprésente dans nos vies, et cela est d’autant plus vrai avec la crise du Covid-19. L’inclusion numérique est donc une question de plus en plus urgente, qui doit s’inscrire dans une perspective durable et structurelle. Voici le retour d’expérience des acteurs de terrain, EPN, ASBL, services sociaux de ces mois de confinement et des problèmes urgents qui ont été soulevés.

Certains pensaient que l’accès au numérique était acquis, que tous et toutes avaient un smartphone, que le monde se trouvait à portée de clic sur les réseaux sociaux, que l’écrasante majorité des Bruxellois et Bruxelloises était connectée. Mais une autre réalité a toujours coexisté avec cette image, celle des exclus numériques, dépourvus de matériel, ou qui ne savent pas comment utiliser ces nouveaux outils qui complexifient leurs vies. Ainsi on estime que 8 % des Belges n’ont pas d’accès à Internet, et qu’environ 32 % d’entre eux éprouvent des difficultés à maîtriser ces outils de manière autonome. Depuis que la technologie est omniprésente dans nos vies, depuis la dématérialisation des services, les acteurs de terrain ont toujours eu conscience de l’ampleur de cette fracture numérique. C’est une réalité qui, au temps des crises sanitaires, ne peut plus être ignorée du grand public et des politiques.

La crise du covid-19 a donc permis d’ouvrir les yeux de tous ceux qui ignoraient la fracture numérique, plus béante que jamais, entre les exclus et les citoyens connectés.
Dès avant la crise, l’accès aux droits passait par la technologie, et une partie de la population en a toujours souffert. Cette précieuse technologie, nécessaire pour payer les impôts, s’inscrire à Actiris, demander une bourse d’étude, ouvrir un compte en banque, nécessite un investissement que les plus modestes ne peuvent se permettre. Ainsi pour les plus modestes, le choix se porte quasi systématiquement sur un smartphone, alors qu’il ne permet pas de rédiger des documents, suivre des cours, télétravailler… on attend donc que des citoyens novices en technologie, dès qu’ils en ont les moyens, soient capables d’évaluer clairement leurs besoins et les outils qui leur conviennent.

Tandis que la ville se rêve smartcity, branchée 5G et envahie de voitures connectées et autres objets intelligents, 39% des citoyens n’envoient pas de formulaires administratifs en ligne, alors qu’ils en ont la nécessité. Les droits sont de plus en plus dématérialisés, question de progrès qui rime aussi avec budget. Les guichets ferment, le contact et l’aide humaine nécessaire des agents administratifs se perd, et le citoyen déconnecté se retrouve au mieux bloqué dans des files d’attente téléphonique interminables, au pire dos au mur. Aujourd’hui, les personnes exclues du numérique doivent pour s’en sortir, se battre contre : la pauvreté, le manque d’éducation et l’isolement, et cela sans pouvoir compter sur des services publics accessibles et humanisés, surtout en temps de crise. Cela fait beaucoup de combats à mener, et ce sont les plus démunis qui les mènent.

Les Espaces Publics Numériques mettent à disposition des exclus du numérique non seulement du matériel et une connexion internet, mais aussi des formations et un accompagnement humain, et cela gratuitement ou pour un coût symbolique. Ils fournissent un double travail : former la population, quel que soit son milieu social et son niveau, et aider dans l’urgence ceux qui ne peuvent pas attendre un hypothétique rendez-vous au guichet. En Région bruxelloise, ces EPN ne disposent d’aucun subside structurel et doivent actuellement réaliser ce travail avec des bouts de ficelle. Il est important qu’ils soient dotés rapidement des moyens pour travailler dans la durée, pérenniser les postes des animateurs, qui sont trop souvent des bénévoles, des mi-temps et des travailleurs en insertion. La démarche et les concertations avec les pouvoirs publics doivent aboutir rapidement à un soutien financier solide, pérenne, à la mesure du défi.
Les ASBL de terrain, celles de l’éducation permanente, du reconditionnement informatique, de l’alphabétisation et bien d’autres, sont dans le même cas, ainsi que les services sociaux.

Heureusement, il y a les ASBL. Heureusement, il y a les EPN. Heureusement, il y a des services sociaux qui tentent encore de faire leur travail, avec ou sans Internet. Heureusement nous sommes là, nous qui tentons de reconnecter les citoyens à leurs droits, alors qu’ils n’auraient jamais dû en perdre l’accès. Si les pouvoirs publics décident de dématérialiser les services aux citoyens, alors ils ont le devoir de garantir à tous un service permanent d’accès aux outils informatiques, une connexion, et un accompagnement dans leur usage.

Puisque la solution aux crises sanitaires repose sur les nouvelles technologies, il faut admettre qu’Internet et l’ordinateur sont une nécessité, comme l’eau courante, l’électricité, l’éducation.

Références :

Baromètre de l’Inclusion numérique 2020
https://www.kbs-frb.be/fr/Activities/Publications/2020/2020_08_24_CF

Signataires :

# Nom de la structure Signer en tant que Nom de la personne qui signe
1

ARC (action et recherche culturelles) asbl

Acteur de l'inclusion numérique

Michel Boving

2

Fobagra

Acteur de l'inclusion numérique

stefan Platteau

3

Atelier du web

Acteur de l'inclusion numérique

Guisen

4

Banlieues

Acteur de l'inclusion numérique

Rudy Cassart

5

Forest Quartiers Santé asbl

Acteur de l'inclusion numérique

Nagib Mourtada

6

Atelier Informatique Bruxellois (AIBrux) ASBL

Acteur de l'inclusion numérique

Schürmann

7

Solival

Acteur de l'inclusion numérique

Aurélie Delanote

8

Fédération des Services sociaux

Acteur de l'inclusion numérique

Julie Kesteloot

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